Bio

Portrait de Fabrice Hyber

Fabrice Hyber, né en Vendée en 1961

L’activité et la pensée artistique de Fabrice Hyber, qui se définit comme une artiste quantique, sont constamment traversées par les notions de mutation et de transformation. De formation scientifique avant d’entrer à l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes, l’artiste conçoit son oeuvre sous la forme d’un gigantesque rhizome qui se développe sur un principe d’échos. Partant invariablement de la pratique du dessin etde la peinture, il investit tous les modes d’expression et diffuse sans cesse son travail d’un médium à l’autre : « Peu importe la matérialité de l’oeuvre, seule compte sa capacité à déclencher des comportements ».

On voit dans ses toiles des formes cellulaires, des arbres aux multiples ramifications, des êtres hybrides, des flèches suggérant un recyclage infini. Fasciné par le mode de fonctionnement viral Fabrice Hyber, dès les années 1980, préludait à notre mode de communication en réseaux – pour le passage à l’an 2000, il se voit confier l’Arc de Triomphe où il lance le site « inconnu.net, l’Encyclopédie de l’inconnu » : «Chacune de vos questions en amènera une autre. Cette arborescence nous fera tous avancer dans la même direction: vers l'inconnu.»

Interférences, interactions, influences sur les comportements...sont au coeur de sa démarche. Sa manière de procéder à géométrie variable s’enrichit chaque fois d’un dialogue avec de multiples disciplines (de la physique aux neurosciences, de l’astronomie à la phytothérapie...) pour renvoyer le spectateur/acteur à un chantier plus vaste. Ainsi, qu’il s’agisse de « L’Hybermarché » au Musée d’Art Moderne de Paris, ou de « Eau d’or, Eau dort, ODOR, un studio de télévision pour lequel il recevra le Lion d’Or à la Biennale de Venise en 1997 ou de la «Chaosgraphie » des « 4 Saisons... » de Vivaldi avec Angelin Preljocaj, Hyber convoque dans chacun de ses projets plusieurs dimensions et sans jamais s’en tenir à un vocabulaire plastique défini, investit une multitude d’écritures et de supports.

La dimension ludique irrigue tout le travail de l’artiste qui s’est fait connaître en 1991 avec son autoportrait : « Traduction », un savon de 22 tonnes, d’ailleurs inscrit au Guiness Book des Records, mais cette approche souvent jubilatoire n’est nulle part plus visible que dans ses POF (Prototypes d’Objets en Fonctionnement). Avec ces objets (Le ballon carré POF n° 65, L’arbre à une feuille POF n° 58, Le jeu sans fin POF n° 97), le string d’épaule POF n° 24) nés d’un dessin, d’une idée ou d’une conversation, Fabrice Hyber déplace la fonction originelle de quantités d’objets empruntés à notre quotidien, comme pour mieux nous démontrer que sur chaque choix opéré, un nombre illimité d’autres possibilités existe et qu’il revient à l’artiste de les révéler. Testés par le public au cours d’expositions « Testoo », « At your own risk »..., les POF sont également les enjeux des C’Hyber Rallyes où l’artiste immerge pendant 3 jours/nuits d’affilée les concurrents dans son univers.

Après avoir mis en place le terme d’artiste-entrepreneur dès la fin des années 80, Fabrice Hyber crée en 1994 Unlimited Responsibility, UR, une sarl destinée à favoriser la production et les échanges de projets entre les artistes et les entrepreneurs « Il faut transformer les collectionneurs, principalement des chefs d’entreprises, en producteurs d’oeuvres », « traverser et rapprocher des territoires divers, agir, faire ». Il poursuit aujourd’hui ce même engagement avec le programme de formation « Les réalisateurs », mené en collaboration avec des écoles d’art et de commerce, pour amener de jeunes artistes à trouver de nouveaux moyens de production. Dans une même volonté d’induire ou de générer de nouveaux comportements , il initie en 2012 avec l’Institut Pasteur le projet « Organoïde » qui met en relation chercheurs et artistes afin de proposer au grand public une nouvelle vision de la recherche biomédicale et de ses enjeux.

Le vivant et la nature sont explorés à l’envie par l’artiste qui a fait du vert sa couleur de prédilection : « Mon vert renvoie évidemment à la nature et à l’écologie, mais ce n’est pas celui des écologistes qui piétine souvent plus qu’ils n’avancent ce qui est le contraire de tout ce qui me conduit». Etats intermédiaires, mutants, hybrides Hyber s’entoure de nouveaux héros et donne naissance à une multitude d’animaux-plantes, à des arbres qui courent ou à des hommes/femmes éponges... A Cahors, il plante deux cents arbres fruitiers « les arbres de nos villes sont là comme des images tandis que les arbres fruitiers apportent de l’information ». Et depuis 1995, sa forêt idéale grandit dans la vallée vendéenne de son enfance où l’artiste a semé des milliers d’arbres : "Les arbres ne sont pas plantés, je préfère les semer, c’est la méthode la moins traumatisante pour la plante et pour la terre, c’est aussi celle de l’apprentissage le plus complet ! Et tant pis si ça prend du temps. C’est la vie !"

Présent dans de nombreuses collections nationales et internationales, Fabrice Hyberest intervenu dans une multitude de commandes. Ses «Homme de Bessines », petites sculptures anthropomorphes dont les orifices corporels crachent de l’eau envahissent depuis 1991 des villes en France comme à l’étranger. « L’Artère – le jardin des dessins » sol dessiné de 1001m2 dans le Parc de La Villette est un lieu de vie et de sensibilisation au VIH, alors que «Le Cri, l’Ecrit » commémore au coeur du Jardin du Luxembourg, l’abolition de l’esclavage ou encore "Equilibrium" un jardin de sculptures au Japon ou un autre à Marfa, Texas.

A chaque projet, la curiosité d’inventer de nouvelles formes d’intervention sur le réel le conduit à croiser, non seulement, les techniques, mais aussi les savoirs, les disciplines et les compétences.
Ainsi, avec la verrière de l’hôtel Lutetia (2018) l’artiste présente l’aboutissement d’une expérimentation sur le verre à laquelle il a travaillé plusieurs années. Il en résulte une aquarelle de verre peinte entre l'architecture, le paysage et le ciel. De la même manière avec l’oeuvre « Les deux chênes » réalisée pour le dernier né des passages parisiens, le Beaupassage (2018), Fabrice Hyber a moulé et dupliqué l’un des plus vieux arbres de sa vallée vendéenne pour inscrire au coeur de la ville une marque, une pause, une mémoire du vivant.

Croiser deux couleurs, deux formes, deux mots, c’est déjà inventer. Toute création est le fruit d’une rencontre, d’un rapprochement, d’un métissage, d’une hybridation. L’oeuvre de Fabrice Hyber embrasse et épouse un mouvement, naturel et sans fin, capable de faire naître une réalité et une énergie nouvelle d’une association de personnes, d’idées portée par un imaginaire sans interdit. Inventeur de métamorphoses poétiques, anticipant les mutations à venir, l’artiste cultive l’art du mélange, déplace les limites, ouvre les possibles. Paris, Osaka, Nantes, Rabat, Marfa, Lisbonne, Nijni-Novgorod, Moscou, Hambourg, Gand, Oslo,Tokyo en sont aujourd’hui les témoins.